Quand il commence à pleuvoir sur un bassin, combien de temps avant que la rivière monte, et de combien ? J'ai voulu une réponse chiffrée pour chaque station Vigicrues de France. Voici comment je l'ai construite, étape par étape.
Dans KiloEcho, les stations en direct et les vigilances couvrent le présent. Le temps d'arrivée de l'eau entre deux stations donnait déjà un peu d'avance. Mais sur beaucoup de rivières, tout se décide plus tôt, au moment où la pluie tombe sur le bassin.
Météo-France publie ses mesures de pluie heure par heure, Hub'Eau publie les hauteurs des rivières. Je n'ai pas trouvé d'outil public qui les mette face à face, station par station, avec un chiffre qu'on puisse lire sur le terrain : à partir de combien de millimètres la rivière réagit, de combien elle monte, et au bout de combien d'heures. Alors je l'ai fait.
Chaque point est une station Vigicrues. Lancez l'horloge : une station s'allume à l'heure où son pic arrive d'habitude, comptée depuis le début de la pluie forte. Les torrents répondent en quelques heures, les grandes rivières de plaine en deux ou trois jours.
Autour de chaque station, je regarde les pluviomètres Météo-France du bassin et des stations amont de la même rivière, puis je garde ceux dont la pluie colle le mieux aux montées passées. Pour Montagnac, sur l'Hérault, ça donne 9 postes, de Le Vigan à Lodeve.
Ce sont les mêmes postes que l'application lit en direct. Ça paraît un détail, mais c'est ce qui permet de comparer la pluie d'aujourd'hui à celle des crues passées sans changer d'instrument.
Je fais la moyenne heure par heure de ces postes, puis je coupe dès que douze heures passent sans pluie. Chaque épisode garde son heure de début, son cumul et son heure la plus intense.
Le « début » que j'utilise ensuite est le moment où 10 mm sont tombés sur le bassin. Avant, on ne sait pas encore si l'averse va compter. C'est aussi un repère simple à suivre en direct.
Hub'Eau garde la hauteur maximale de chaque jour depuis 2010. Pour chaque épisode, je prends le niveau des deux jours d'avant et le plus haut niveau des jours qui suivent. La différence, c'est la montée.
Sur toute la France, cela fait plus de 200 000 couples pluie-montée. Pour chaque station, je les range par paliers de cumul : au-dessous d'un certain seuil, la rivière ne bouge presque pas, au-dessus, elle répond de plus en plus fort, jusqu'à plafonner quand elle déborde dans son lit majeur.
C'est la partie qui m'a le plus occupé. Les hauteurs anciennes ne sont publiées qu'au jour près : je sais que le pic a eu lieu le 19, pas à quelle heure. Pour un épisode, je n'ai donc qu'une fourchette de 24 heures.
Mais les épisodes ne commencent pas tous à la même heure. Empilées, des dizaines de fourchettes décalées se recoupent et dessinent le délai réel. Je l'estime, avec sa dispersion, par maximum de vraisemblance en traitant chaque crue comme un intervalle. J'ai d'abord vérifié que Hub'Eau découpe bien ses journées en heure universelle.
Sur un sol déjà gorgé d'eau, presque tout ruisselle. Sur un sol sec, une bonne part s'infiltre. J'utilise l'indice d'humidité des sols de la réanalyse SIM2 de Météo-France, jour par jour, sur des mailles de 8 km couvrant le bassin.
Pour le vérifier sans me raconter d'histoires, j'ai tout recalé sur 2010-2019 et jugé sur 2020-2026. Sur 850 rivières, la concordance entre montée annoncée et montée réelle passe de 0,50 à 0,63 et progresse pour 85 % d'entre elles. Contre-épreuve : si je mélange au hasard l'humidité des sols, le gain disparaît complètement. L'effet vient bien des sols.
Dans 156 bassins, une partie de la pluie tombe en neige et une autre partie de l'eau vient de la fonte. J'ai essayé de compter la pluie liquide plus la fonte du stock de neige, que SIM2 fournit aussi, à la place des millimètres tombés.
Sur la période de test, ça n'améliore la prévision que dans 54 % de ces bassins, autant dire au hasard. Le facteur d'humidité des sols fait mieux, y compris en montagne. J'ai donc gardé les sols pour le calcul, et la neige au sol est seulement signalée dans l'application.
Pour chaque station, je choisis les pluviomètres sur les années impaires et je mesure la qualité sur les années paires. Seules les stations qui passent ce test entrent dans l'application : 1 336 sur 2 357, dont 434 que je considère fiables. Les autres ont souvent un barrage, un canal ou la marée qui brouille le signal.
Le test le plus dur, c'est l'avenir : tout calé sur 2010-2019, puis jugé sur les crues de 2020 à 2026. La prévision fait mieux que la montée moyenne de la station pour 91 % des rivières. Quand j'annonce une chance sur deux de dépasser +1 m, c'est arrivé 47 % du temps. Le délai propre à chaque rivière explique mieux les pics qu'un délai unique pour toute la France, pour 65 % des stations.
J'ai aussi testé la méthode du délai sur des crues fabriquées dont je connaissais la réponse : elle retrouve le bon délai à 2 % près. Et en septembre 2026, sur 21 crues mesurées heure par heure, l'écart typique est de 3,7 heures, avec des délais annoncés un peu trop longs.
Parmi les 5 plus fortes réponses de 24 stations, dont Cuxac (+9,3 m).
Parmi les 5 plus fortes réponses de 6 stations, dont Russan (+8,1 m).
Parmi les 5 plus fortes réponses de 27 stations, dont Quincy-le-Vicomte (+2,9 m).
Parmi les 5 plus fortes réponses de 15 stations, dont Wirwignes (+3,9 m).
Parmi les 5 plus fortes réponses de 2 stations, dont Roquebrune-sur-Argens (+6,2 m).
Aucune date n'est donnée au calcul : ces épisodes remontent parce que la pluie et la montée y étaient hors normes.
La pluie donne des heures d'avance, mais elle reste une estimation. Il existe un signal plus direct : la station du dessus. Quand elle monte, l'onde de crue descend vers vous, et le temps qu'elle met à arriver se mesure.
Pour chaque paire de stations voisines sur une même rivière, je superpose les hauteurs du dernier mois et je cherche le décalage qui les fait le mieux coïncider. Ce décalage, c'est le temps de trajet de l'eau. Pas de modèle de terrain, pas de calcul hydraulique : deux capteurs qui mesurent déjà, et une horloge.
Dans l'alerte, les deux signaux se complètent. La pluie parle en premier, parfois une demi-journée avant. L'amont confirme : quand la station du dessus a déjà monté, l'application affiche l'heure à laquelle l'onde devrait passer chez vous. Le délai n'est pas figé pour autant : une grosse crue descend souvent plus vite qu'une petite, et il se recalcule à chaque montée. Là où aucune station ne surveille l'amont, ce signal n'existe pas, et c'est la pluie qui prend le relais.
Cherchez une station : je remonte et je descends la rivière sur tous les tronçons mesurés, et j'additionne les temps de trajet. Les stations au-dessus vous disent combien de temps il vous reste quand elles montent. Celles du dessous, combien de temps vous avez d'avance sur elles.
Ce sont les courbes que l'alerte anticipée utilise. Elles donnent un ordre de grandeur tiré du passé de la station, pas une prévision officielle.
Toutes les quinze minutes, mon serveur refait le calcul pour chaque station suivie. Voici les règles, telles qu'elles sont écrites dans le code.
Pluie horaire des pluviomètres Météo-France du bassin sur les cinq derniers jours, plus la prévision AROME à 24 h. Si moins de la moitié des postes répondent, je prends le relais d'Open-Meteo.
Le cumul est lu sur la courbe de la station, corrigée par l'humidité des sols SIM2. La montée déjà observée est déduite : pas d'alerte deux jours après la crue.
Hauteurs Hub'Eau des huit dernières heures, jusqu'à deux stations en amont. Une mesure de plus de deux heures est ignorée.
Si l'amont redescend déjà de 5 cm par heure ou plus, le signal est ramené au plus bas : l'onde est passée ou s'amortit.
Notification à partir du niveau 2 (« Montée attendue »), puis au niveau 3 (« Forte montée attendue »). Pas de seconde notification au même niveau pendant 24 heures, sauf si la situation s'aggrave.
Chaque message se termine par la même phrase : estimation indicative, suivez Vigicrues et les consignes officielles.
| Niveau | Pluie sur le bassin | Station amont | Notification |
|---|---|---|---|
| 1 · à surveiller | montée habituelle de moins d'un mètre | ≥ 5 cm/h ou ≥ 0,3 m en 6 h | non |
| 2 · montée attendue | montée habituelle ≥ 1 m, ou une chance sur deux de dépasser +1 m | ≥ 15 cm/h ou ≥ 0,8 m en 6 h | oui |
| 3 · forte montée | montée habituelle ≥ 3 m | ≥ 40 cm/h ou ≥ 2 m en 6 h | oui |
Elle est estimée à partir de maxima journaliers, pas mesurée. Depuis septembre 2026, KiloEcho archive les hauteurs heure par heure : chaque nouvelle crue affinera les délais.
Un barrage qui lâche ou retient de l'eau casse le lien entre pluie et hauteur. Ces stations sont écartées ou marquées comme indicatives.
Un orage très localisé peut tomber là où aucun pluviomètre ne mesure. La prévision AROME aide, sans tout rattraper.
Vigicrues, la vigilance Météo-France et les consignes des autorités restent la référence. KiloEcho donne de l'avance pour s'y préparer.
Pour vos stations suivies, KiloEcho lit la pluie Météo-France heure par heure, ajoute la prévision, tient compte de l'humidité des sols, surveille les stations en amont, et vous prévient quand une montée se prépare, avec l'heure probable du pic.
Données : Météo-France (pluies horaires, réanalyse SIM2, prévisions AROME), Hub'Eau Hydrométrie, Vigicrues. Étude et calculs : KiloEcho, mise à jour du 27/09/2026.