KiloEcho 1.3 - l'eau ne vient pas que des rivières

Pluie, littoral, signalements, cellule de crise et une simulation beaucoup plus fine lead: Jusqu'ici KiloEcho regardait surtout les cours d'eau. Sauf qu'une inondation, ça peut aussi tomber du ciel en une heure ou remonter de la mer avec une tempête. La 1.3 est la plus grosse mise à jour depuis le lancement, et elle part de ce constat.

8 min de lecture
Par Nuno CastroSapeur-pompier · Fondateur de KiloDelta

Pourquoi une version aussi grosse

Au départ, KiloEcho c'était Vigicrues dans la poche, plus une simulation pour voir où l'eau peut aller. Ça marche bien pour une crue de rivière qui monte en deux jours. Par contre, ça ne disait rien sur l'orage qui noie une rue en quarante minutes, ni sur la tempête qui fait passer la mer par-dessus la digue.

J'ai donc ajouté ces deux sources d'eau. Ensuite j'ai repris l'accueil, parce qu'avec autant d'infos en plus, l'ancien écran ne tenait plus. Et j'en ai profité pour passer un bon moment sur ce qui ne se voit pas : la batterie, le hors ligne, et surtout les cas où l'app pouvait afficher du vert sans en avoir le droit.

Un accueil qui ressemble enfin à un tableau de bord

L'accueil est complètement refait. En haut, quatre voyants : Météo-France, Vigicrues, pluie et littoral. Chacun s'ouvre sur sa source quand on appuie dessus. En dessous, « Mes points suivis » : la station la plus proche, vos stations favorites et vos marégraphes, avec la valeur, la tendance et une petite courbe des dernières 24 h. Puis un gros bouton « Simuler la crue ici », et les raccourcis.

J'ai tenu à ce que tout rentre sans défiler. Si on suit beaucoup de points, on en voit autant que l'écran le permet, puis « + N autres ». Quand on sort son téléphone sous la pluie, on n'a pas envie de scroller.

La pluie qui arrive vite

Le radar de pluie Météo-France arrive sur la carte, animé. Il s'ouvre aussi depuis le voyant pluie de l'accueil.

À côté, j'ai ajouté un indicateur « pluie intense ». Il regarde les postes Météo-France dans un rayon de 15 km sur les trois dernières heures. Je préfère être très clair : ce n'est pas un indicateur officiel. Les avertissements APIC et Vigicrues Flash de Météo-France n'ont pas d'API publique, ils sont réservés aux communes et préfectures abonnées. KiloEcho ne fait que lire les pluviomètres et vous renvoie vers ces services. Quand les pluviomètres ne répondent plus ou qu'on est hors couverture, l'indicateur passe au gris. Il ne passe jamais au vert « par défaut ».

Le littoral

Nouvel onglet dans Vigilance : Littoral. On y trouve la vigilance vagues-submersion Météo-France du département, et les marégraphes du Shom qu'on choisit de suivre avec l'étoile, comme une station de rivière.

Pour chaque marégraphe : la hauteur mesurée, la marée attendue, la différence entre les deux (la surcote), et les prochaines pleines et basses mers. La marée attendue, je la calcule moi-même par analyse harmonique sur 60 jours de mesures. Ce ne sont pas les prédictions officielles du Shom, donc la surcote est une estimation, à une dizaine de centimètres près. Sur Brest, en comparant trois jours hors de l'échantillon, l'écart était de 9 cm. Ça suffit pour voir qu'une tempête fait monter l'eau de 60 cm au-dessus de la marée normale. Ça ne remplace pas un service officiel.

Les marégraphes s'affichent aussi sur la carte, avec les stations Vigicrues, sous un petit losange à vagues.

Et une couche tsunami : l'aléa côtier issu du modèle européen NEAMTHM18 (périodes de retour 500, 1000 et 2000 ans), les séismes récents en mer (EMSC, magnitude 4,5 et plus) et les consignes. Là aussi je le redis : KiloEcho n'émettra jamais d'alerte tsunami. C'est le rôle de l'État, via le CENALT et FR-Alert.

Signaler ce qu'on voit

On peut maintenant signaler de l'eau sur le terrain : une hauteur estimée simplement (cheville, genou, taille, plus d'un mètre), une route coupée, un commentaire, une photo.

Il faut un compte pour envoyer, et rien n'est visible du public avant d'avoir été validé par un humain. Chaque signalement passe par une modération : publié avec la photo, publié sans, ou rejeté. Je ne voulais pas d'une carte où n'importe qui peut poser une fausse alerte en deux secondes. La photo est ré-encodée avant l'envoi, ce qui supprime les métadonnées (position GPS d'origine, modèle du téléphone…). La position publique est arrondie, et un signalement disparaît au bout de 24 h.

L'auteur voit le sien « en attente » sur sa carte tant qu'il n'est pas traité. Si un signalement publié reçoit plusieurs signalements d'abus, il est retiré et repasse en modération.

Les digues

Nouveau type d'aléa sur la carte : les ouvrages de protection, avec les zones protégées et les zones de sur-aléa de Géorisques. La fiche d'un bâtiment indique maintenant s'il se trouve derrière une digue. C'est une info qui change pas mal la lecture d'un risque. Être protégé par une digue ne veut pas dire être à l'abri, et le jour où elle cède, c'est souvent pire qu'une montée progressive.

Une simulation beaucoup plus fine

Une simulation beaucoup plus fine

C'est la partie qui m'a pris le plus de temps.

Avant, la simulation reposait sur le modèle européen JRC, avec des mailles d'environ 90 m. Une maille de 90 m, c'est soit tout le quartier dans l'eau, soit rien. Maintenant, dès qu'on zoome, l'eau est recalculée sur le relief IGN à 5 m. Le niveau d'eau vient toujours du modèle JRC, mais c'est le relief fin qui décide où elle s'arrête : un talus, une rue un peu plus haute, un remblai.

Le bâti aussi a changé. Sur Nemours, au même zoom, l'app affichait 182 bâtiments avant. Elle en affiche maintenant environ 2 460. Les données ne manquaient pas, c'était un plafond trop bas qui en coupait la majorité. Et la hauteur d'eau d'un bâtiment est calculée à partir du sol sous son emprise, plus à partir d'une maille moyenne.

Pour vérifier que je ne racontais pas n'importe quoi, j'ai comparé le niveau simulé aux repères de crue de 2016 sur le Loing (les plaques avec l'altitude). L'écart moyen est passé d'environ 0,9 m à environ 0,4 m. Ce n'est pas parfait, mais on change de catégorie.

Là où il existe une cartographie officielle TRI (les territoires à risque important d'inondation), la simulation s'y aligne maintenant. Le modèle européen a tendance à mettre trop d'eau. À Paris, pour une crue fréquente, il recouvrait 76 % d'une tuile le long de la Seine, contre 12 % pour la carte officielle. Le lit de la rivière, lui, reste toujours en eau.

Au passage, j'ai corrigé un bug qui m'agaçait depuis un moment : l'eau s'affichait, puis disparaissait par blocs quelques secondes après. C'était justement la carte TRI qui arrivait en retard et venait « gommer » ce qui était déjà dessiné. Maintenant, l'app l'attend avant de dessiner, et on ne voit plus de saut.

Tout ce qui sert au calcul reste en cache sur le téléphone. Le bouton « ZONE » permet de préparer un secteur entier à l'avance pour l'avoir hors ligne.

Les courbes des stations, en instantané

Ouvrir la courbe d'une station pouvait prendre 8 à 25 secondes, le temps qu'Hub'Eau réponde. Maintenant la série de 30 jours vient du serveur KiloDelta, qui l'a déjà en cache : environ 0,3 seconde. Passer de 6 h à 24 h, 7 jours ou 30 jours est instantané, sans réseau. La dernière courbe connue s'affiche tout de suite à l'ouverture, même hors ligne, puis se met à jour. La prévision Vigicrues et la pluie du bassin (7 jours passés + 48 h prévues) se chargent à côté, sans bloquer le reste.

Des réglages plus clairs

L'écran Réglages a été refait autour du compte. En haut, votre carte d'identité avec vos droits (PRO, modération, accès IGN et nombre de jours restants). Puis les outils pro, seulement si vous y avez accès. Puis les alertes, la place occupée par les données hors ligne (avec la possibilité de vider chaque famille), et les sources.

Ce qui ne se voit pas, mais qui compte

Jamais de vert quand on ne sait pas. J'ai repris un par un les endroits où l'app pouvait afficher « calme » ou « pas de vigilance » faute de données : 1er lancement hors ligne, source muette, mesure trop ancienne. Dans ces cas-là, c'est gris, avec l'âge de la donnée. Une app de risque qui affiche du vert par erreur, c'est pire que pas d'app du tout.

La batterie. Hors carte et simulation, la position est suivie en basse consommation. Le radar et les rafraîchissements s'arrêtent quand l'app est en arrière-plan ou que l'écran concerné n'est pas affiché.

Le hors ligne. La vigilance Météo-France, les niveaux Vigicrues, la prévision de pluie, les séismes et la dernière fiche de chaque marégraphe sont gardés sur le téléphone, avec leur heure. Sans réseau, on voit la dernière info connue et son âge, pas un écran vide.

Et un petit plus pour ceux qui utilisent aussi KiloDelta : le bouton « Voir dans KiloEcho » ouvre maintenant directement l'accueil, que l'app soit déjà lancée ou non.

Les limites, honnêtement

La surcote est une estimation maison. L'indicateur pluie intense n'est pas officiel. La simulation reste un modèle : le niveau d'eau vient du JRC, qui ne connaît pas les digues, et là où il n'y a pas de cartographie TRI (comme à Nemours), rien ne vient le recadrer. Ça aide à comprendre et à préparer, ça ne remplace ni Vigicrues, ni Météo-France, ni les consignes de la préfecture.

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Nuno Castro Sapeur-pompier · Fondateur de KiloDelta

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